evolucionismo vs creacionismo. ¿ Quién alimenta la polémica ?


La ciencia ha ido desplazando en el mundo occidental a la religión como institución capaz de ofrecer explicaciones sobre asuntos que interesan a los seres humanos. Las preguntas kantianas: ¿ quién soy ? , ¿ qué debo hacer ? ¿ qué puedo conocer ? son respondidas con una más convincente y muchomás racional argumentación por las ciencias o por la filosofía materialista que por los dogmas de las religiones

libro recomendado http://www.franceculture.fr/oeuvre-les-mondes-darwiniens-l-evolution-de-l-evolution-de-sous-la-direction-de-thomas-heams-philipp
L’année Darwin
La théorie darwinienne de l’évolution dérange toujours les créationnismes
Par Guillaume Lecointre – SPS n° 288, octobre 2009
L’évolution biologique, phénomène qui échappe à nos sens
Le monde d’hier, bien qu’animé des mêmes lois physiques et chimiques que celles d’aujourd’hui, était différent dans ses formes, qu’il s’agisse des continents ou des espèces. Ce n’est pas parce que nos sens nous montrent un monde stable que celui-ci ne change pas. Sa vitesse de changement peut tout simplement nous être imperceptible. « De mémoire de rose, il n’y a qu’un jardinier au monde », nous écrivit un jour malicieusement Fontenelle (1657-1757). De mémoire de rose on n’a jamais vu mourir un jardinier, nous rappelait Diderot (1713-1784). L’évolution biologique est contre-intuitive d’abord parce qu’elle constitue un fait d’une ampleur et d’une portée hors de nos sens, et sur des durées pour nous inconcevables. À quelques exceptions près, la règle générale est qu’à petit changement, petite durée ; grand changement, grande durée. Soit le changement d’une espèce dans un temps qui nous est concevable est imperceptible à nos sens, soit des changements peuvent paraître spectaculaires à nos yeux entre une forme ancienne et une forme descendante récente mais alors ces formes sont séparées par des durées inconcevables. Et malheureusement, ceux des êtres vivants qui évoluent vite, produisant de grands changements dans de petites durées, échappent à nos capacités visuelles… Lorsqu’un virus, une bactérie ou un insecte ravageur s’adapte en quelques années aux contraintes que nous leur imposons, il s’agit d’êtres que nous ne pouvons voir de nos yeux ou bien d’êtres que nous ne croisons pas dans la vie courante. Et même si nous pouvions les voir… il faudrait avoir de la constance dans l’observation. Car l’évolution biologique est un phénomène populationnel. Il ne faut pas s’attendre à voir de ses yeux un individu muter spontanément à un moment donné de sa vie. Son constat est une affaire de fréquences dans des populations.

L’évolution biologique reste donc, le plus souvent, imperceptible à nos pauvres sens humains et c’est peut-être ce qui permet si facilement à tant de forces sociales extra-scientifiques de la nier. Cependant, cette explication est loin d’épuiser tous les déterminants de ces négations, nous y reviendrons. La dimension populationnelle du phénomène évolutif, son imperceptibilité, les efforts d’abstraction qu’il requiert, la place prépondérante du hasard, son incompatibilité avec notre essentialisme (nous serions par essence différents des autres espèces), notre anthropocentrisme, notre notion de destinée, si spontanés, sont autant d’obstacles à sa compréhension. Plus il y a d’obstacles culturels et plus il est nécessaire de traiter d’épistémologie, c’est-à-dire de mécanique de la démarche scientifique, lorsque l’on combat les récupérations idéologiques et religieuses des sciences.
Mais qu’y a-t-il de si terrible dans la théorie darwinienne de l’évolution ?
L’évolution biologique telle qu’elle continue d’être validée par les scientifiques aujourd’hui repose sur un enchaînement extrêmement simple de constats et de déductions logiques, qui furent déjà ceux de Charles Darwin (1809-1882), méticuleusement documentés par celui-ci dès 1859. Nous les exposerons brièvement ici sans terme technique en respectant le raisonnement de Darwin lui-même, en suivant la présentation qu’en fait Patrick Tort (Darwin et la science de l’évolution, Gallimard, 2000). Ces déductions ont été validées un nombre incalculable de fois par des chercheurs de terrain, mais aussi en laboratoire, puis dans des « expériences grandeur nature » en permanence réalisées par l’industrie agronomique lorsque celle-ci lutte contre les capacités évolutives de ravageurs, l’industrie biotechnologique lorsqu’on utilise les capacités évolutives d’êtres vivants pour leur faire fabriquer des molécules (bio-ingénierie), la recherche biomédicale lorsque celle-ci lutte contre les capacités évolutives des agents pathogènes pour l’Homme.
Constat n° 1 : Parmi les individus qui se reconnaissent comme partenaires sexuels potentiels, il existe des variations (physiques, génétiques, d’aptitude…). Quelle que soit la source de cette variation, il existe donc au sein de ce que nous reconnaissons comme des espèces une capacité naturelle à varier, la variabilité.
Constat n° 2 : Dès les débuts de la domestication, les hommes ont toujours modelé les êtres vivants à leurs besoins par des croisements sélectifs : il existe, depuis plus de dix mille ans, une sélection artificielle en horticulture et en élevage au sein même de ce que nous appelons une espèce. Il existe donc chez celle-ci une capacité naturelle à être sélectionné, la sélectionnabilité.
La question qui se pose dès lors est de savoir si la variabilité naturelle est sujette à sélection dans la nature. Cette question revient à se demander quel pourrait être l’agent qui produirait cette sélection.
Constat n° 3 : Les espèces se reproduisent tant qu’elles trouvent des ressources (ressources alimentaires, conditions optimales d’habitat). Leur taux de reproduction est alors tel qu’elles parviennent toujours aux limites de ces ressources, ou trouvent d’autres limites telles que la prédation qu’elles subissent par d’autres espèces. Il existe donc une capacité naturelle de surpeuplement. Cette capacité est observable de manière manifeste lorsque les milieux sont perturbés, par exemple lorsque des espèces allogènes envahissent subitement un milieu fermé, comme une île. L’histoire des hommes fournit de multiples exemples de transferts d’espèces suivis de pullulations, comme ce fut le cas de l’importation du lapin en Australie.
Constat n° 4 : Pourtant, il existe des équilibres naturels. En effet, le monde naturel tel que nous le voyons – non perturbé par l’homme – n’est pas constitué d’une seule espèce hégémonique, mais au contraire de multiples espèces en coexistence, et ceci malgré la capacité naturelle de surpeuplement de chacune.
Inférence : chaque espèce constitue une limite pour les autres, quelle que soit la nature de cette limite : soit en occupant leur espace, soit en les exploitant (prédation, parasitisme), soit en exploitant les mêmes ressources… Les autres espèces constituent donc autant de contraintes qui jouent précisément ce rôle d’agent sélectif.
Constat n° 5 : les espèces dépendent également, pour le succès de leur croissance et de leur reproduction, d’optima physiques (température, humidité, rayonnement solaire, etc.) et chimiques (pH, molécules odorantes, toxines…). En fait, ces facteurs physiques et chimiques de l’environnement constituent eux aussi des facteurs contraignants. S’ils changent, les variants avantagés ne seront plus les mêmes.
Conclusion : Variabilité, sélectionnabilité, capacité au surpeuplement sont des propriétés observables des espèces. L’environnement physique, chimique et biologique est constitué de multiples facteurs qui opèrent une sélection naturelle à chaque génération. Cela signifie qu’au sein d’une espèce, les individus porteurs d’une variation momentanément avantagée par les conditions du milieu laisseront davantage d’individus à la génération suivante que ceux porteurs d’un autre variant. Si ces conditions se maintiennent assez longtemps, le variant avantagé finira par avoir une fréquence de 100 % dans la population. L’espèce aura donc quelque peu changé : elle n’est pas stable dans le temps. Si ces conditions changent, d’autres variants que le variant majoritaire du moment peuvent devenir à leur tour avantagés. C’est pourquoi on dit que la variabilité maintenue dans une espèce constitue en quelque sorte son assurance pour l’avenir, donnée bien connue des agronomes. La promesse d’avenir d’une espèce n’est pas dans l’hégémonie du « variant le plus adapté » (la fameuse « survie du plus apte ») mais dans le maintien dans les populations de variants alternatifs par une source continue de variations. Pour forcer le trait, on pourrait dire que le succès d’aujourd’hui est assuré par le plus apte, celui de demain par une « réserve » d’individus aujourd’hui moins aptes.
Le monde vivant tel que nous le voyons est donc un équilibre de contraintes interagissant en permanence, et il est le fruit d’une sélection naturelle de variations qui, au cours du temps, se sont avérées avantageuses. L’optimalité fonctionnelle des variations sélectionnées fut une condition de leur survie. D’où cette impression que nous avons, parfois, que « la nature est bien faite », longtemps utilisée dans un autre contexte par les théologiens pour glorifier sagesse et puissance divines. En fait, les solutions trop désavantageuses ne sont pas parvenues jusqu’à nous.
Le phénomène d’évolution biologique, même présenté ci-dessus comme Darwin lui-même a pu le concevoir et l’argumenter amplement, n’est ni une spéculation ni une conjecture : ce phénomène est observé, expérimenté en laboratoire sur des espèces à temps de génération courts, en agronomie, en médecine, en bio-ingénierie. La sélection naturelle n’est pas une vieille idée, elle n’est pas une affaire de fossiles, elle est la dynamique même du vivant. Elle s’applique à l’explication naturelle des origines de l’espèce humaine.
Remarque n° 1 : Il reste toujours des variants non optimaux. Par ailleurs des variants désavantagés continuent d’apparaître en permanence, mais selon la lourdeur du handicap héritable, leur maintien dans les générations suivantes est plus ou moins compromis. D’autre part, certaines structures qui paraissent handicapantes (par exemple l’accouchement par le clitoris chez les hyènes tachetées femelles provoquant le décès d’une partie des nouveaux-nés) sont en fait biologiquement liées à d’autres structures fournissant un avantage déterminant (l’agressivité des femelles et la masculinisation partielle des organes génitaux externes qui l’accompagne), d’où leur maintien. Ces considérations nous forcent à relativiser cette impression que nous avons d’une « nature bien faite ». Bien des espèces paient de lourds fardeaux (mesurés en termes de décès des descendants) dans le maintien de dispositifs qui nous semblent absurdes.
Remarque n° 2 : Il existe des variants sélectivement neutres. Ce socle de base de la proposition darwinienne du mécanisme évolutif a été complété au vingtième siècle par le modèle dit « neutraliste ». Des variants sélectivement neutres à l’égard des facteurs de l’environnement peuvent avoir des fréquences qui varient aléatoirement dans les populations, au gré des croisements. Cette fréquence peut même atteindre 100 % de manière tout à fait aléatoire dans une population, et ceci d’autant plus facilement que la population sera d’effectif réduit.
Remarque n° 3 : L’espèce n’est pas inscrite dans le marbre. Le vivant n’est pas stable. Il peut être conçu comme un fleuve de générations, lequel se divise en bras, affluents, rivières. Les individus d’une généalogie changent, et les formes d’une population à une génération t diffèrent des formes de la génération t+n. Des portions d’arbre généalogique peuvent diverger, séparées par des obstacles physiques, chimiques, biologiques, etc., et les individus qui les constituent de part et d’autre du point de divergence peuvent ne plus jamais se rencontrer, de même pour leurs descendances. Ou leurs descendances se rencontrer à nouveau mais ne plus se reconnaître comme partenaires sexuels. Ou encore se croiser à nouveau mais produire une descendance stérile. On dira alors qu’elles ne font plus désormais partie de la même espèce. L’espèce n’est pas écrite sur les être vivants, ni inscrite dans une essence dont ils seraient porteurs, ni dans le ciel ; elle n’est pas éternelle ; elle n’est pas stable. Elle est d’abord ce que nous voulons qu’elle soit ; c’est-à-dire qu’il existe une définition théorique. L’espèce n’est rigoureusement définie que dans la durée du temps : c’est l’ensemble des individus qui donnent ensemble de la descendance fertile, depuis le précédent point de rupture du flux généalogique théorique jusqu’au prochain point de rupture. Après ce point de rupture, les individus qui ne sont plus interféconds avec leurs formes parentales ou latérales constitueront, par convention, une nouvelle espèce.
Un constat immédiat est à faire : l’espèce n’est pas stable, l’environnement non plus, à plus ou moins long terme. Si rien n’est stable, pourquoi ne voyons-nous pas une continuité de formes organiquement désordonnées ? Pourquoi, malgré la variation, les individus se ressemblent-ils ? En fait, le vivant est la résultante de forces de maintien organique et de forces de changement. Parmi les forces du maintien organique, la sélection naturelle par le moyen des facteurs d’un milieu stable élimine pour un temps de la postérité généalogique les individus peu optimaux. Elle participe donc au maintien des « discontinuités » que nous percevons. En d’autres termes, nous n’observons pas dans la nature d’animal mi-lézard vert mi-lézard des murailles car il n’y a pas eu de « niche » d’optimalité correspondant à une telle forme. Ensuite, le croisement entre partenaires sexuels pour la reproduction limite les effets des mutations aléatoires subies par tout individu et participe donc aussi à la stabilité organique. D’autre part, les contraintes architecturales internes héritées des ancêtres constituent également des limites au changement. De même, des contraintes fonctionnelles internes évidentes limitent forcément le champ des changements possibles. Par exemple, bien des embryons « malformés » meurent avant même d’avoir été confrontés directement au milieu.
Parmi les forces du changement, il y a les sources de la variation, par exemple les erreurs des polymérases (ensemble d’enzymes qui assure une réplication de l’ADN, avant une division cellulaire) qui, bien que très fidèles, laissent tout de même passer dans l’ADN des « coquilles » parmi les milliards de paires de bases recopiées. Lorsque le milieu change, les conditions sélectives changent aussi. La sélection naturelle devient aussi, dans ces conditions, la courroie de transmission du changement sur les êtres vivants, des changements qui ne traduisent aucun « but », mais seulement les aléas du milieu.
Mais qu’est-ce qui dérange tant ?
Quelle que soit l’ampleur des changements et quelle que soit l’intensité des contraintes architecturales et fonctionnelles internes, la multitude de facteurs intriqués en jeu est telle qu’il est impossible, sur le plan théorique, de donner une priorité absolue aux forces stabilisatrices. En d’autres termes, le milieu, lui-même imprévisible sur le long terme, rend, via la sélection naturelle, le devenir d’une espèce imprévisible et rend du même coup caduque toute notion de « destinée ». Rien n’est écrit dans le marbre et l’on a coutume de dire, après S.J. Gould (1941-2002), que si nous revenions à un point antérieur quelconque du film de la vie, la probabilité pour que la série d’événements se déroulant sous nos yeux à partir de ce point soit exactement la même est infiniment faible. La notion même de destinée est incompatible avec tout processus historique, processus évolutif compris. C’est l’une des difficultés psychologiques les plus difficiles à surmonter lorsque l’on tente de faire comprendre le processus évolutif à un public qui confond encore le discours sur les faits naturels et le discours sur les valeurs. En effet, tandis que l’absence de « but » et de « destinée » dans l’explication scientifique d’un phénomène naturel ne relève que de l’amoralité de la démarche scientifique et de sa neutralité métaphysique, le discours scientifique injustement transposé comme discours moral et/ou métaphysique rend pour nos semblables ces absences de but et de destinée désespérantes, intolérables, immorales. Bien entendu, ce n’est pas la théorie de l’évolution qu’il faut récuser dans ce cas mais la confusion entre le discours scientifique sur les faits, méthodologiquement défini et limité, et le discours sur les valeurs qui relève de processus d’élaboration très différents. Il faut expliquer alors qu’il ne faut pas projeter nos réflexes psychologiques (buts, actions intentionnées) et nos espoirs (destinée) dans une explication scientifique de l’origine des espèces. La théorie de l’évolution n’incorpore ni transcendance, ni but, ni destinée, n’a pas à donner de « sens » à notre vie, ne défend ni ne préconise aucune valeur, aucune morale : ce n’est simplement pas le rôle d’une théorie scientifique.

– Cette double hélice biologique est une preuve évidente de la spiritualité du Cosmos
Une bonne partie des négations de la théorie darwinienne de l’évolution viennent de là : des membres de l’UIP à ceux du mouvement de l’« Intelligent Design », on veut faire dire à une théorie scientifique ce qu’elle n’a pas à dire. On lui reproche de ne pas donner du « sens ». On se désespère d’un devenir sans but ni destinée. On juge la sélection naturelle immorale. Bref, pour le scientifique c’est comme si on jugeait l’attraction des corps célestes comme immorale et une réaction chimique in vitro comme désespérante parce que intrinsèquement non intentionnée. On peut mettre également sous ce chapitre ce que l’on a de façon erronée appelé le « Darwinisme social », et qui n’est que l’évolutionnisme philosophique élaboré par Herbert Spencer, du vivant de Darwin. L’évolutionnisme philosophique de Spencer est effectivement récusable d’abord et entre autres motifs parce qu’il transpose directement un modèle explicatif du changement des espèces dans les champs moraux et politiques, transfert qui n’est ni requis ni opéré par la théorie de l’évolution de Darwin elle-même. L’évolutionnisme de Spencer fait dire à une démarche scientifique ce qu’elle n’a pas à dire. Ce n’est d’ailleurs pas une science mais un système philosophique. L’évolutionnisme, pris dans ce sens-là, a contribué et contribue encore à éloigner les intellectuels d’une véritable lecture de Darwin, mais aussi à susciter une méfiance aussi injustifiée que répandue à l’encontre d’une théorie scientifique. La théorie darwinienne ou néo-darwinienne de l’évolution ne véhicule, en elle-même, pas plus de valeurs que la théorie de la gravité universelle ou celle de la dérive des continents.
En fait, les créationnismes, qu’ils soient seulement « philosophiques » ou qu’ils se parent de scientificité, tentent de projeter des valeurs à la théorie de l’évolution pour pouvoir ensuite plus facilement la nier à travers elles. Pour tuer votre chien, inoculez-lui la rage, puis accusez-le d’être enragé, enfin tuez-le. Car le besoin de nier la théorie de l’évolution provient d’un autre champ. Celui-ci est politique : de tout temps, il a fallu brider la science lorsque celle-ci élaborait des résultats non conformes au dogme.
Tous les créationnismes contre la théorie darwinienne de l’évolution
La théorie scientifique de l’évolution en vigueur aujourd’hui explique l’origine des espèces, l’origine de l’homme, de ses langues, de ses sociétés sans recours à une transcendance. Non pas que cette théorie particulière se soit fixé comme but spécifique de nier toute transcendance : l’athéisme affirmatif ne fait pas partie des objectifs de la science. Plus simplement, les sciences, quelles qu’elles soient, depuis 250 ans environ, n’incorporent pas la transcendance comme outil d’explication. Le créationnisme philosophique adoptera alors diverses postures face à ce qui lui apparaît comme une insupportable lacune, afin de brider la science : nous allons les décliner ci-dessous.
Commençons par distinguer le créationnisme « philosophique » du créationnisme « scientifique ». Le créationnisme philosophique stipule que la matière et/ou l’esprit ont été créés par une action qui leur est extérieure. L’affirmation opposée est celle d’un matérialisme immanentiste. Il s’agit d’affirmer que le monde réel est constitué de matière, y compris les manifestations très intégrées de celle-ci (« esprit », sociétés, etc.), que la matière, quelle que soit la description que l’on peut en faire, est incréée et porte en elle-même les ressources de son propre changement. Aucune de ces deux postures philosophiques n’est accessible empiriquement ; c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être testées scientifiquement. Il s’agit bien là du terrain de la philosophie.
Examinons à présent les différentes versions du créationnisme philosophique. Les trois monothéismes ont adopté au cours de leur histoire diverses postures face à l’inadéquation logique entre le sens littéral des Écritures et les résultats de la science. Déclinons ces postures dans un gradient de plus en plus néfaste à l’indépendance d’une démarche scientifique. Premièrement, on a adapté le sens des Écritures aux résultats de la science. Cette attitude, généralement qualifiée de « concordiste », ne sera pas analysée ici. Deuxièmement, on a adapté le sens des résultats de la science à la lumière du dogme. Troisièmement, on a sollicité la société des scientifiques de l’intérieur afin qu’elle réponde à des préoccupations théologiques (fondation John Templeton, Université Interdisciplinaire de Paris notamment dans leur appel du 22 février 2006 dans le journal Le Monde). Quatrièmement, on a prétendu prouver scientifiquement la validité littérale des Écritures par ce qui a été présenté comme de véritables démarches et expériences scientifiques (créationnisme « scientifique » de H. Morris et D. Guish). Cinquièmement, on a nié purement et simplement les résultats de la science, soit en cherchant à démontrer leur fausseté au moyen de discours ré-interprétatifs mais sans expériences scientifiques (Harun Yahya, témoins de Jéhovah), soit au moyen de ré-interprétations et de contre-expériences qui se voulaient scientifiques (sédimentologie de Guy Berthault, mouvement du « dessein intelligent »). Enfin, on a intimidé les scientifiques en les sommant de récuser les résultats de leur travail (Galilée en astronomie, Buffon concernant l’âge de la terre, même Darwin dut faire des concessions entre la première et la seconde édition de L’origine des Espèces…) ou en les pourchassant. Voici donc une typologie résumée de tous les créationnismes philosophiques, avec des exemples, non pas de personnes, mais se manifestant sous forme d’organisations :
A. Les créationnismes intrusifs :
A.a. Nier la science : le créationnisme négateur d’Harun Yahya.
A.b. Mimer la science : le créationnisme mimétique de H. Morris et D. Guish.
A.c. Plier-dénaturer la science : le « Dessein Intelligent » ou la théologie de William Paley présentée comme théorie scientifique.
B. Le spiritualisme englobant :
B.a. Science et théologie vues comme les pièces d’un même puzzle : l’Université Interdisciplinaire de Paris.
B.b. La fondation John Templeton : lorsque la théologie finance la science.
Tous ces créationnismes philosophiques ne sont pas des créationnismes « scientifiques ». Lesquels d’entre eux méritent l’appellation de « créationnisme scientifique », c’est-à-dire mettent la science au service d’une preuve de la création ? Il s’agit assurément des catégories A.b. et A.c. puisque dans la première la « science » prouve la Vérité des Écritures et dans la seconde le créateur est incorporé comme explication « scientifique ». Pour ce qui concerne les catégories B.a. et B.b., il ne s’agit pas d’un créationnisme scientifique au sens précédent ; cependant la science est mobilisée par ces spiritualistes afin de servir d’autres desseins que l’élaboration de connaissances objectives, y compris d’accréditer une idée de création beaucoup plus sophistiquée. Ainsi, contrairement à une idée reçue, le créationnisme philosophique ne s’oppose pas nécessairement à l’idée d’évolution biologique. L’évolutionnisme théiste de Teilhard de Chardin en est un exemple dont on trouve des descendants au sein des providentialismes modernes (catégorie B). La catégorie A est anti-évolutionniste, sauf peut-être pour certains adeptes du « Dessein Intelligent » pour qui les moyens par lesquels le Grand Concepteur réalise ses desseins pourraient incorporer la transformation (non darwinienne) des espèces. La catégorie B est évolutionniste. Mais tous sont anti-darwiniens, les premiers parce qu’ils refusent le fait de l’évolution biologique, les seconds parce que le modèle darwinien faisant intervenir hasard, variation, contingence, sélection naturelle ne les satisfait pas, pour des raisons morales et idéologiques.
Mention spéciale concernant l’Intelligent Design
La volonté politique la plus manifeste est représentée par le mouvement américain de l’Intelligent Design. Suite aux revers juridiques des créationnistes « scientifiques » de la seconde moitié des années 1980, ceux-ci doivent à nouveau changer de stratégie. Dès le début des années 1990, P. Johnson, juriste, élabore la notion d’« Intelligent Design » (ID) à partir de la vieille analogie du théologien anglican William Paley et la présente comme théorie scientifique. La stratégie consiste à utiliser l’étiquette « science » pour atteindre des objectifs politiques et spirituels, objectifs clairement énoncés dans leur « Wedge Document » (voir le Nouvel Observateur Hors Série n° 61 « La bible contre Darwin » dirigé par Laurent Mayet, décembre 2005). L’un de ces objectifs principaux est de faire passer une conception théologique pour de la science afin que celle-ci soit enseignée dans les écoles. Selon le « Discovery Institute » qui structure le mouvement, « la théorie du dessein intelligent affirme que certaines caractéristiques de l’univers et des êtres vivants sont expliquées au mieux par une cause intelligente, et non par un processus non dirigé telle la sélection naturelle ». Le mouvement du « dessein intelligent » s’emploie donc à critiquer tout ce qui peut l’être dans la théorie darwinienne de l’évolution, et surtout ses ennemis de toujours : le matérialisme méthodologique inhérent à une approche seulement scientifique des origines du monde naturel, et le rôle de la contingence des facteurs de transformation des espèces au cours du temps. Pour tout schéma argumentatif, il ne s’agit que de la répétition, sous une forme retravaillée, de l’analogie finaliste du théologien anglican William Paley (1743-1805). Arguant que tout objet/artefact est intentionnellement façonné pour remplir une fonction, Paley et ses imitateurs d’aujourd’hui transposent ce principe dans la nature pour faire intervenir une intelligence conceptrice à l’origine de l’adéquation entre formes et fonctions naturelles et donc une intelligence à l’origine des êtres vivants. C’est la vieille analogie de la montre. Dans une montre, l’adéquation « parfaite » de la forme de chacune des pièces à la fonction qu’elle remplit et son agencement harmonieux avec les autres pièces remportent l’admiration et appellent à supposer que l’ensemble provient de la volonté d’un horloger présumé. Dans la nature, le rayon de courbure du cristallin est tel que les rayons lumineux se focalisent précisément en un point de la rétine ; et la merveilleuse adéquation entre forme et fonction ne peut être, dans ce raisonnement analogique, plus efficacement expliquée que par l’hypothèse d’une intelligence conceptrice dès son origine. Les promoteurs modernes du dessein intelligent pensent que la science rénovée, incorporant les causes surnaturelles, doit chercher et dicter ce qui constituera une « éthique naturelle », une « morale naturelle », et que cette science-là sera en mesure de découvrir quels comportements transgressent les buts sous-jacents au dessein intelligent à l’origine de l’espèce humaine. Ce serait donc à cette science de découvrir lesquels de nos comportements, nos mœurs, notre morale, sont voulus par Dieu. La fonction de Think Tank conservateur prend alors toute sa signification : l’avortement et l’homosexualité transgressent l’Intelligent Design de Dieu, notamment par dévoiement des fonctions pour lesquelles nos formes avaient été initialement créées. En donnant une assise prétendument scientifique au « Bien » et au « Mal », le courant du « dessein intelligent » débouche donc sur une sorte de scientisme religieux et théocratique incompatible avec la laïcité. En décembre 2005, l’ID est clairement identifié au « procès de Dover » comme religion déguisée et non comme science, et son enseignement est déclaré anti-constitutionnel.
S’il arrive à des scientifiques d’écrire contre les créationnismes, c’est que ces derniers tentent de s’introduire dans la démarche scientifique, miment les sciences, ou encore font dire aux sciences ce qu’elles n’ont pas à dire. Ces scientifiques ne font alors que leur devoir de citoyens.
La controverse se développe sur Internet largement sous forme de dessins humoristiques, tel celui-ci traduit dans de nombreuses langues.

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