Verdad y mentira.Chomsky y Bouveresse

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TEXTES À L’APPUI. Noam CHOMSKY et Jacques BOUVERESSE. Dialogue au Collège de France avec Daniel MERMET
NOAM CHOMSKY, dialogue avec Jacques BOUVERESSE
Le mercredi 23 mars 2016

En mai 2010, à l’invitation du Collège de France, Noam CHOMSKY participait à différents colloques à Paris. On se souvient de sa conférence à la Mutualité avec le Monde Diplomatique et à la rencontre avec des syndicalistes à la Maison des Métallos à l’initiative de Là-bas si j’y suis.
Le 31 mai 2010, à l’occasion du colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky » organisé par Jacques Bouveresse au Collège de France, Daniel Mermet s’entretenait avec Jacques Bouveresse et Noam Chomsky sur le thème « Science et Politique ».
Le dialogue partait plus précisément du concept de vérité. Y’a-t-il « une vérité objective, en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment » ? Pour George ORWELL, c’est un point fondamental. « Ce qu’il y a d’effrayant dans le totalitarisme, ce n’est pas qu’il commette des atrocités, mais qu’il s’attaque au concept de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. »
Or l’existence de cette vérité est de plus en plus remise en cause dans le monde intellectuel. C’est le point de départ de ce dialogue entre Chomsky et Bouveresse. À ce concept de vérité il faut associer le concept de liberté. Selon le philosophe James Conant, « la capacité à produire des énoncés vrais et la capacité à exercer sa liberté de pensée et d’action sont les deux faces d’une même médaille » . Deux faces que l’on retrouve aussi bien dans la littérature que dans la politique, tout comme dans le journalisme, d’un côté la recherche de la vérité, le respect objectif des faits, de l’autre la liberté de penser et de commenter.
SOMMAIRE
Vérité et liberté

Vérité et pragmatisme

Science et action

Progrès moral

Savoir et pouvoir

Vérité et liberté
Daniel Mermet : Jacques Bouveresse, d’où vous est venue l’idée d’inviter Noam Chomsky au Collège de France pour ce colloque sur « Rationalité, vérité et démocratie »  ?
Jacques Bouveresse : Nous nous trouvons confrontés en France à une situation qui devient de plus en plus pénible pour les gens comme moi. On a l’impression qu’une espèce d’incompatibilité s’est instaurée progressivement entre deux idées qui sont aussi essentielles et fondamentales l’une que l’autre, à savoir l’idée de liberté et l’idée de vérité. Il y a des gens qui soutiennent aujourd’hui que, pour être véritablement démocrate, il faudrait s’en prendre directement à l’idée même de vérité et, plus généralement à celles d’objectivité, de fait, etc. La modernité – c’est-à-dire en fait la postmodernité, la modernité postmoderne – semble reposer en grande partie sur une conviction de cette sorte : dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie, il faudrait essayer de se débarrasser d’idées comme celles de vérité et d’objectivité.
En réfléchissant à cette question, ce que je fais depuis un bon moment déjà, je me suis rendu compte qu’il y a trois auteurs – Russell, Orwell et Chomsky – qui occupent, dans ce débat, une position assez semblable, et qui ont continué à défendre les idées de vérité et d’objectivité, et à les défendre pour des raisons qui ne sont pas seulement théoriques mais également sociales et politiques. D’où l’idée de notre colloque, qui était aussi pour moi l’occasion d’essayer d’en savoir un peu plus sur les relations que Chomsky entretient avec Bertrand Russell, dont je sais qu’il est une de ses références principales, et avec Orwell.
Noam Chomsky : Je suis honoré par cette association, c’est un compagnonnage qui m’aurait ravi. Russell a profondément influencé ma propre pensée. Orwell aussi, bien que je préfère ses œuvres les moins connues. La Ferme des animaux et 1984 n’ont jamais été pour moi des livres particulièrement marquants. Je les trouve assez faciles et prévisibles ; mais Hommage à la Catalogne est un ouvrage magnifique et très important, et d’autres qui décrivent sa vie à Londres, en Birmanie, etc. sont particulièrement éclairants [1].
Jacques Bouveresse : L’idée de notre colloque, on la comprend assez bien si on regarde de près un texte comme Hommage à la Catalogne, dans lequel la question du lien entre vérité objective et liberté est soulevée de manière particulièrement claire et explicite. Orwell fait le constat que, quand il s’agit de raconter ce qui s’est passé pendant la guerre civile espagnole, personne ne dit la vérité  ; de quelque côté que l’on regarde, il n’y a pour ainsi dire que des récits et des explications qui ne sont absolument pas crédibles  ; les discours qu’on entend ne relèvent pas du tout de l’information objective mais de la propagande. Orwell considère cela comme extrêmement dangereux pour l’avenir, comme extrêmement inquiétant  ; il dit qu’il se pourrait très bien que, d’ici peu, la notion de vérité objective disparaisse complètement – c’est-à-dire qu’on se dise, à partir d’un certain moment, qu’après tout on n’a pas vraiment besoin de cette notion, qu’on peut même très bien s’en passer dorénavant. Et il prévoit que des conséquences désastreuses pourraient en résulter.
Noam Chomsky : Orwell était à Barcelone au début de la révolution, il y est retourné et a assisté aux Journées de Mai [1937], au moment où cette révolution a été en grande partie écrasée par les communistes, les fascistes et les libéraux-démocrates  ; et il a compris que le parti communiste était avant tout le parti de la police, de la petite bourgeoisie et des grandes puissances… Il a compris que la seule chose qui intéressait Staline en Espagne, c’était d’essayer de gagner le soutien des puissances occidentales en cas de confrontation avec Hitler et Mussolini  ; il était d’accord avec les puissances occidentales : la révolution devait être écrasée. Pour Orwell, ça a été une révélation : il a pris conscience du caractère contre-révolutionnaire de toute la révolution bolchevique, sans être d’ailleurs en cela totalement novateur – d’autres, comme Russell, avaient déjà exprimé ce point de vue quinze ans plus tôt [2].

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